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- Demain je pars ?

Comment parler de ses voyages sans éveiller des jalousies ou créer des problèmes au sein de sa famille ? Personne n’a aujourd’hui de réponse toute faite sur un sujet jugé difficile par ceux et celles qui voyagent pour leurs affaires.



David Franklin - Fotolia.com
« Je pars une semaine en Chine pour le travail». La phrase est lancée et les ennuis commencent. Un grand voyageur doit faire preuve d’une organisation et d’une diplomatie sans faille pour annoncer un voyage d’affaires à ses proches, que ce soit à la maison ou au travail. Il faut jongler entre absence, sentiment d’abandon, jalousie et envie.

« Si vous êtes seul, sans enfant ou que votre progéniture a quitté le nid familial ne venez pas vous plaindre d’avoir à partir en voyage d’affaires » explique d’emblée Henri Claye, psychologue d’entreprise « Je dis aux cadres qui viennent ronchonner dans mon bureau qu’ils sont des enfants trop gâtés et qu’ils ne se rendent pas compte que voyager, c’est casser les habitudes quotidiennes ».

Pour autant, les voyages professionnels sont généralement mal vécus par la famille. « Bien sûr, partir c’est donner le sentiment d’abandon à ceux qui nous sont proches » poursuit Henri Claye « Mais cela peut aussi devenir un enrichissement à condition de bien le vivre, de bien l’expliquer et d’en montrer les bienfaits au retour ». Pour cet homme de l’art, il faut séparer les deux univers que sont la maison et le travail. « Dès que les dates d’un voyage sont fixées, annoncez-le à votre famille et prévenez votre entourage, comme vos parents ou vos amis proches. Une situation qui donne du temps pour en discuter avec les enfants, commenter les points positifs et agréables comme les points négatifs de ce voyage. Les esprits seront préparés ce qui permettra à chacun de prévisualiser votre absence et aussi votre séjour », explique Christophe Réville, coach en psychologie du travail, fondateur du site Internet www.psycho-travail.com.

Pour les experts, il faut toujours réagir en fonction de l’âge des enfants, du niveau d’indépendance du conjoint et de la fréquence des déplacements. Une réaction qui saurait être à géométrie variable. La famille à besoin de repères fixes et ce en toute circonstance. « Un enfant en bas âge matérialise plus difficilement le départ de sa mère que celui de son père. Il faut donc apprendre à préparer son absence en tenant compte de ces liens affectifs » poursuit Henri Claye « Jusqu’à dix ans, le départ est vécu comme un moment de flottement familial. Il faut donc limiter l’inconnu au maximum. Chez les très jeunes enfants, j’ai vu une maman préparer à chaque départ un calendrier du voyage. Une enveloppe par jour à ouvrir, une photo à découvrir, un texte à lire ou à faire lire, le tout associé à un bonbon avec à l’arrivée un cadeau souvenir du voyage. C’est la fameuse notion du nombre de dodos entre le départ et le retour ».

Ne croyez pas que chez les ados la situation sera plus simple. Absence veut dire indépendance. A treize ou quatorze ans, c’est presque un plaisir que de se retrouver seul avec maman ou papa. « On a vu des pères, plus laxistes et mois habitués à la pression des ados, lâcher la bride pendant le voyage de maman » commente Henri Claye « et de fait chaque voyage était attendu avec impatience car signe de liberté. C’est très dangereux de modifier le comportement familial parce que l’un des deux parents est absent. J’insiste toujours sur un point essentiel : même loin vous êtes des parents, ne l’oubliez pas. Téléphonez, vérifiez, contrôlez. ».

Jaimie Duplass - Fotolia.com
Loin des yeux, loin du cœur !

On le comprend, bien préparer son enfant avant son départ est essentiel. La chose la plus importante est d’être honnête avec l’enfant et de lui dire pourquoi vous partez et pour combien de temps. De jeunes enfants pourront penser qu’ils sont responsables de votre départ parce qu’ils n’ont pas été sages. Il faut donc prendre le temps, d’expliquer par des mots simple son travail et de commenter ce que vous ferez pendant l’absence.

Beaucoup de signes sont apaisants pour les enfants. « Faire les courses avec les gamins et préciser que c’est pour préparer l’absence de maman ou créer une carte des voyages avec à chaque déplacement un petit drapeau épinglé » commente Henri Claye. Et tous les experts sont formels : un parent qui voyage loin flatte l’image de l’enfant chez ses amis. Un journal en chinois rapporté d’un séjour professionnel fait facilement de l’effet dans la classe !

Faites-lui vivre votre voyage, montrez-lui sur une carte la région où vous allez résider. Encouragez-le à faire des recherches sur cette destination. L’enfant se verra d’une certaine façon inclus dans le voyage et non mis de côté.

Un séjour au-delà d’une journée, comme c’est souvent le cas lors d’un voyage professionnel, oblige à découcher ce qui aggrave l’angoisse. Encore une fois, communiquez. Faites-leur voir les photographies de votre chambre d’hôtel pour qu’ils visualisent l’endroit. « Voir permet de se faire une représentation du départ, de l’absence et du séjour et de se préparer mentalement », soutient Christophe Réville.

Avant de partir, prenez le temps de dire au revoir à votre famille. Si le vol est très tôt le matin, dîtes au revoir à vos enfants la nuit d’avant. L’enfant va pleurer au moment du départ. Il est important de ne pas s’éterniser. Bien souvent, cette crise de larmes ne sera que passagère.


Et mon cadeau ?

Faut-il ou non rapporter un cadeau à ses proches ou à son assistante ? Pas de doute pour les spécialistes : il ne faut pas entrer dans la spirale infernale du cadeau à chaque voyage. Un présent doit être un acte exceptionnel dans l’entreprise et limité dans l’univers familial. « Là aussi, l’âge joue un rôle » remarque Henri Claye « jusqu’à douze ou treize ans le petit souvenir que l’on rapporte est une marque de tendresse. Après il devient une attente voire une exigence avec le lot de déceptions qu’un ado peut avoir ».

Il ne faut donc pas confondre souvenir et casse-tête. Un chapeau chinois, une peluche, un tee-shirt, une djellaba voire des pin’s ou des stylos sont des marques d’attention. Un MP3 ou une console de jeu dépassent les limites du simple souvenir. « De fait, rapporter des « Converse » très à la mode et moins chers en Inde est compréhensible » commente Pierre Soutrie « mais il faut insister sur la nature économique du cadeau. Idem pour l’entreprise, un cadeau clin d’œil plait. Au-delà il est plus ambigu, moins facile à expliquer ». Seule concession à la règle : les parfums, les cigarettes et les alcools.

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